UFDG – Entre Âme et Conscience.

Questions et principes

Les leaders guinéens sont-ils dans une dynamique de militantisme démocratique ou  ne sont-ils que des politiciens qui cherchent uniquement le pouvoir ?

L’alliance que l’UFDG vient de faire avec un criminel présumé est-elle une violation des principes élémentaires de la morale politique, une tactique pour s’assurer d’une victoire électorale, un moyen de contrer les menées du pouvoir, une coopération contre-nature abominable – comme le crie le RPG – ou, représente-elle une avancée vers la «réconciliation nationale» – comme le rationnalisent les ténors de l’UFDG ? 

Mon opposition à la décision du président de l’UFDG est ici avancée avec ces questions en tête. Pour  des besoins de support logique, des principes  de morale politique, de démocratie interne et participative ainsi que des considérations sur les gains escomptés et des perspectives sont invoqués.   

Le constat est certes navrant : tous les principes démocratiques et moraux– si essentiels pour une démocratie naissante – ont été violés en l’occurrence. Mais la conclusion est moins alarmante dans la mesure où les outrages ressentis et exprimés montrent qu’un sursaut national, sur des bases plus saines est non seulement possible, mais indispensable. 

Décadence de la morale politique

Sur le plan de la morale politique, s’allier à un officier  accusé de crimes contre l’humanité réduit à une fiction  – et pour de longues années – toute promesse de changement que l’UFDG voudrait vendre.  Que certains de ses ténors aient voulu défendre la décision en dénonçant l’alliance du RPG avec le reliquat fasciste du PDG en dit long sur la panne idéologique des leaders et les références qui les inspirent. 

La moquerie à la justice  et aux victimes – dont la grande majorité est du parti – a été trop rabâchée pour qu’on y insiste. L’atteinte à la conscience collective d’une nation éplorée par des crimes d’états continus se dédouble en violation des précieuses et fragiles valeurs – traditionnelles et démocratiques – qu'on a en réserve pour  la reconstruction d’une société viable.

Alpha Condé  ne surprend point dans sa logique d’autocrate. Les historiens retiendront sa nocive œuvre de destruction de l’embryon de société civile existante dans le but de domestiquer la Guinée.

Ils retiendront aussi que les politiciens qu’il avait en face plongèrent, le corps nu et l’âme vide, dans la piscine des machinations ethniques et électorales.

La légèreté dont fait  preuve, envers Daddis Camara, le leader du parti qui prétend être la première institution politique de la Guinée, est  une faute politique et une erreur historique.

Cellou Dalein vient de brader à vil prix–pour rien disent certains – le fonds de commerce  qu’il acquit le 28 Septembre 2009 du fait des massacres le ciblant avec sa communauté. Il passera le reste de sa carrière à en  gérer les dommages.

 Faute d’un minimum de diligence politique, il entre les pieds nus sur le sentier des braises ardentes de la quête du pouvoir à tout prix.  S’il arrive à ses fins, il aura perdu en cours de  route la légitimité morale sans laquelle tout pouvoir se transforme rapidement en enfer dictatorial et personnel. S’il échoue, il n’aura que lui-même à blâmer.

Son action interpelle tout guinéen sur l’impérieuse nécessité d’actions citoyennes contre la culture d'impunité et de rénovation de la dynamique  de la société civile.

Une alliance sans fondements solides

Les choix politiques peuvent s’inspirer de vilenies et conspirer contre les aspirations des citoyens. Ils peuvent aussi procéder de  la quête de la justice afin d’augmenter le coefficient de participation citoyenne.

Le cynisme consiste à mélanger ces choix en prétendant qu’il n’y a que le résultat qui compte. Pour s’en prémunir, éviter des bavures et gérer des conséquences fâcheuses des décisions, toute organisation se doit de  mettre en place des cadres de concertation.

Quand il s’agit de choix stratégiques, les décisions ne doivent pas être prises à la légère, de façon régalienne ou dans le secret. Elles doivent adhérer à des règles préétablies et non à des connivences temporaires et ad-hoc. 

Pour ce faire, sont nécessaires des débats contradictoires et des  décisions par vote assortis de revues pour analyser les risques et les gains dans le court et long terme. 

Pour cette alliance aucune consultation formelle de la base ou des fédérations n’a été faite. Elle aurait permis d’évaluer l’ampleur des répercussions historiques et créé un précédent de participation de l’ossature que sont les militants.

Du point de vue de la déontologie politique, le processus décisionnel représente une faillite du leadership de l’UFDG. Il serait erroné de vouloir restreindre ce débat au sein du parti.

Le respect des formes légales dans le fonctionnement des institutions politiques est d’une importance capitale.

Les partis politiques étant constitutionnellement les seules habilités à produire les futurs chefs de la nation, en leur sein la démocratie doit être consolidée  –  pour ne pas que les prétentions de la faire avancer dans le pays ne soient qu’une simple escroquerie.  Une société civile dynamique devra en faire sa mission.

Un discrédit à la Guinée

Si Daddis Camara ose aspirer encore  à ses fonctions qu’il usurpa, c’est que quel part, il y a une faillite collective morale profonde des cadres de  la nation qui se reflète aujourd’hui dans l’UFDG.

Le fait qu’il s’est fait flinguer est utilisé comme excuse. Cela est symptomatique d’une fantasmagorie qui procède de la sagesse des rumeurs qui tient lieu de débats publics dans le pays ou à l'intérieur des partis.

Cette épaisse sagesse a décidé  que, pour les  crimes du 28 Septembre,  Daddis ne fut  qu’un pantin manipulé par des forces que personne ne veut  nommer.

Si tel est le cas, ne serait-il pas plus judicieux de centrer le débat sur cette grave accusation que de faire alliance avec l’accusé ?

Cette même sagesse crédite Daddis Camara d’une popularité en Guinée forestière que nul n’a mesurée, ni par vote, ni par sondage.

Le pays fonctionne ainsi; sur des prémisses douteuses que nul ne questionne. Elles consacrent le culte de l’alliance des sangs et font état de pactes obscurs et insurmontables des ethnies dont on ne veut débattre qu’après les élections. Ou mieux, après qu’on ait gagné les élections.

La banqueroute morale et politique  qui huile ce mécanisme n’a rien d’ésotérique. Elle est manufacturée pour le seul but de diluer la justice et perpétuer les pouvoirs autocratiques.

Elle permet de  cautionner la réémergence de cette miniature sinistre d’Idi Amin qui fit de la Guinée en son temps, l’objet de la risée du monde.

La patrie de l’impunité  

Les thuriféraires de l’UFDG entonnent le même hymne qu’Alpha Condé qui se croit incarnation de la justice. Ils font de l’action du  président du parti un pardon destiné à cimenter la schizophrénie de la réconciliation nationale. 

Ils  prétendent  pouvoir  effacer du revers de la main des crimes que les instances mondiales ont enregistrés comme imprescriptibles. L’impudence prend pour comparaison Nelson Mandela et l’Afrique du Sud. 

Les organisations des droits de l’homme sont désarçonnées par ce «cynisme » (c’est le mot que certains utilisent) qui fait d’une moquerie leurs efforts et ceux de guinéens qui, depuis 5 années bientôt s’activent à travers le monde pour que justice soit rendue.

Les considérations juridiques oiseuses  qu’on nous sert sont irrecevables. Même si Daddis n’est pas encore arrêté et jugé, il n’en reste pas moins responsable de crimes graves.

La mémoire volatile oublie les humiliations publiques dont il s’est rendu coupable, en pleine vue sur l’écran de TV ainsi que les démolitions des maisons de citoyens.

Le focus sur les massacres du stade ferait oublier que Daddis a attenté à l’ordre constitutionnel par un coup d’état militaire. De par des propos personnels, il est soupçonné  avec ses acolytes de tueries en 2006 et en 2007.

Le silence qui a entouré ces crimes  lui  a mis dans la tête  de prendre les  commandes – en 2008 – du train qui allait mener à l’imbroglio sanglant de Septembre 2009.

Que faire?

Venus de courants divers, de l’UFD, du PRP, de l’UNR et  de la société civile, les militants de l’UFDG font  légion. Parmi eux, il y a des jeunes, des femmes, des personnes âgées. Ils se réclament de toutes les régions, de toutes les ethniques et des diversités culturelles de la Guinée. Ils ont fourni le gros lot des victimes des répressions récentes.

Depuis environ 30 ans certains sont engagés dans la lutte. D’aucuns  ont vu leurs demeures rasées et jamais compensées. Leurs dirigeants furent emprisonnés. Des crimes imprescriptibles furent contre eux commis avec l’assentiment silencieux de certains de leurs dirigeants actuels.  Parce qu’ils ont accepté de  passer l’éponge, l’histoire s’est répétée.

Les militants vont-ils laisser non-résolues et pour des gains politiques hypothétiques ces contradictions internes et ces crimes?

Si oui, ils se condamnent  aux  mêmes complicités  (de bêlement ou de mutisme) dont des militants sincères du RPG souffrent aujourd’hui.  Laisser passer l’occasion – avec n’importe quelle excuse – équivaut à trahir des vies entières et avec elles, l’avenir de la nation. 

Pour les militants, le temps du choix et du débat sincère est venu : demander des comptes aux dirigeants ou rationaliser leur démission.

Pour le reste des guinéens, la révélation apparait de plus en plus évidente que la nation est prise en otage – avec les menottes de l’ethnocentrisme – par des clans visant le pouvoir. S’il est admis que le RPG a aggravé cette situation, l’UFDG vient d’en rajouter.

Le mépris de la justice ayant été poussé à son comble par les dirigeants et les prétendants au pouvoir, l’économie d’un sursaut populaire devient de plus en plus une délusion.

Le sursaut peut prendre plusieurs formes et plusieurs années. Mais il est inévitable. La question d’importance est de savoir comment s’y préparer pour en faire un moyen de vrai changement.

Ourouro Bah

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